mardi 24 mai 2011

L'HOMME SOUS LA CAPUCHE

Bill Belichick, l’homme qui fascine tant et qui est pourtant si détesté dans l’univers du football. Il est à la fois connu pour ses trois Super Bowls remportés que pour ses poignées de main parfois aussi furtives qu’un avion de chasse. C’est l’homme de marbre qui ne laisse entrevoir aucune émotion sur son visage, ses conférences de presse sont réputées pour être aussi froides et plates que la banquise. Mais tout comme l’iceberg, c’est ce qu’il se trouve en dessous de la surface qui importe, ce qu’il y a à l’intérieur de l’homme qui est immensément riche. Il est tout de même l’entraineur qui a réussi à transformer de réelles divas telles que Corey Dillon et Randy Moss en de vrais battants. Il est aussi l’entraîneur qui a fait confiance à un quarterback de vingt-trois ans sans la moindre expérience et qu’aucune équipe n’avait sous le radar lors de la draft, pour le Super Bowl XXXVI, le premier dans l’histoire des Patriots.

Belichick n’est peut être pas le premier entraineur à avoir remporté trois Super Bowls et à avoir instauré une véritable dynastie mais il est en tout cas le premier à l’avoir fait sous l’ère du plafond salariale et c’est là toute la différence. Il était beaucoup plus facile à l’époque pour des équipes comme les 49ers ou les Cowboys de maintenir leur niveau chaque saison car il n’y avait pas de limite pour les salaires des joueurs, par conséquent les clubs les plus riches étaient logiquement les plus compétitifs de par leurs forts revenus. Aujourd’hui maintenir son niveau s’avère beaucoup plus complexe car lorsque vous remportez le Super Bowl les autres équipes se mettent en quête de recruter vos meilleurs talents et parfois peu importe la somme à mettre sur la table. Si vous pouvez conserver certains d’entre eux en proposant une prolongation du contrat avec augmentation, vous ne pouvez pas le faire pour les cinquante trois joueurs de l’effectif. Et la force du système Belichick est de parvenir à maintenir cette excellence malgré les départs des uns et des autres car si les joueurs s’enchaînent et se succèdent, le système lui reste le même et ne change pas. C’est ce système qui est la recette du succès des Patriots ces dernières années.

L’événement qui résume parfaitement tout le système des Patriots c’est l’entrée des joueurs sur le terrain lors du Super Bowl XXXVI. Traditionnellement, une équipe choisi une escouade soit défensive soit offensive pour qu’ensuite les joueurs soit présentés un à un à la sortie du tunnel. Mais voilà les Patriots en ont décidé autrement et ont choisi de bousculer la tradition. A la surprise générale, c’est toute l’équipe des Patriots qui est sorti en même temps du tunnel. Il y avait cinquante trois joueurs sur le terrain mais bien une équipe indivisible. Christian Fauria qui jouait à l’époque pour les Seahawks de Seattle avant de rejoindre les Patriots l’année suivante, avait misé contre les Patriots, mais au moment précis où il vit cette horde sortir du tunnel avec le point rageur, il comprit alors que son pari était perdu d’avance et que les Patriots à cet instant avait déjà remporté la rencontre.

Ce qui est caractéristique d’une équipe dirigée par Belichick, c’est son état d’esprit. Rodney Harrison, ancien Safety des Patriots, explique que lorsque vous parvenez à intégrer cette mentalité alors vous réalisez que cela importe peu de savoir à qui on attribue le succès ou une victoire car lorsque vous gagnez un match ensemble, c’est toute l’équipe qui parait bonne. Les joueurs des Patriots n’hésitent d’ailleurs pas à afficher leur unité sur leurs T-shirts. On trouve alors les inscriptions suivantes « Humble Pie », « Be Humble or Be Humbled » ou encore « There is no I in team ». Ce qui est marquant dans la méthode Belichick c’est qu’il parvient faire adhérer ses joueurs à ses principes alors que nombre d’entre eux sont susceptibles de quitter le groupe à l’issue de la saison via le marché libre ou rupture de contrat, à l’inverse des dynasties comme celles du Steel Curtains dans les années 70. Cette défense des Steelers a régné en maître sur plusieurs années mais ils avaient l’avantage d’avoir le même groupe de titulaires pendant presque toute une carrière, ce qui est difficilement réalisable aujourd’hui.

En ce qui concerne la personnalité de l’individu, Belichick affirme qu’il entraîne au travers de la peur car c’est cette peur qui fait ressortir l’instinct de survie de ses joueurs et de surcroît le meilleur d’eux-mêmes. Le respect de l’autorité, le respect des ordres, l’abnégation, tout cela sont bien sûr les caractéristiques d’une instruction militaire. Mais contrairement aux idées reçues il ne crie pas sur ces hommes car c’est une personne réservée par nature. Le respect des ses joueurs vient surtout de par son bagage footballistique. Si certains le craignent c’est surtout parce qu’il est froid. Il n’a d’ailleurs aucune relation privilégiée avec ses joueurs, les échanges restent strictement dans le cadre du football. La seule chose qui compte c’est le travail sans répit, avec Belichick on est bien loin des trente cinq heures hebdomadaires. Une autre fausse idée, Belichick est un tyran et n’écoute personne. Belichick s’est par le passé débarrassé de certains assistants car il les estimait que ceux-ci ne remettaient pas assez en question sa parole, il n’y avait pour lui aucun challenge dans le coaching. Il affirme d’ailleurs être à l’écoute de chacun tant que ceux-ci amènent des preuves statistiques ou matérielles (vidéo) avant d’affirmer quoique ce soit, mais si la suggestion est cohérente alors il en tient compte.

Beaucoup d’équipes cherchent à savoir quels sont les secrets de la réussite des Patriots. Pour Belichick lui-même il y a une chose qui est primordiale, la préparation. Pour vous montrer la charge de travail lors de l’analyse d’un adversaire, je vais prendre l’exemple de Rob Ninkovich qui a joué en tant que Linebacker pour les Patriots. Alors qu’il venait de rejoindre l’équipe, Belichick lui demande en vue de la préparation d’un match contre les Buffalo Bills de lui citer les noms de tous les Tight Ends de l’équipe adverse, ainsi que leurs forces et leurs faiblesses. Ninkovich resta silencieux. Belichick furieux lui dit d’alors de fermer son cahier de jeu et lui dit ceci : « Hé, lorsque tu vas affronter des adversaires tu ferais bien de savoir quelle est la taille de leurs chaussures. Prends cela comme une leçon. » .

En matière d’analyse de l’adversaire (scouting) le procédé de Belichick est le suivant : il faut chercher les forces de l’adversaire pour les neutraliser ensuite. C’est comme demander à un droitier de jouer de la main gauche. Le but étant de stopper ce que l’opposant fait de mieux. Belichick avoue qu’il se perd parce que l’équipe en face a été forcée de jouer quelque chose où elle n’est pas à l’aise ou n’a pas l’habitude de faire, alors cette défaite est acceptable. Par contre si vous perdez parce que l’adversaire a exécuté ce qu’il fait de mieux alors dans ce cas c’est inadmissible. Lorsque les Patriots affrontaient les Rams lors du Super Bowl XXXVI, Belichick s’étaient mit à étudier toute la mécanique des Rams en attaque. Après avoir démonté et étudié les différents pièces du moteur, il était arrivé à la conclusion suivante : la pièce maîtresse n’est pas le Quarteback Kurt Warner qui avait pourtant lancé en saison régulière pour plus de 4,830 yards, ni son armada de receveurs, mais bien le coureur Marshall Faulk. Cette attaque explosive, qui avait été surnommée « The Greatest Show on Turf », ne reposait donc que sur un pilier central son coureur star. Belichick donna alors pour consignes à ses défenseurs de ne pas laisser « l’enfoiré sortir du backfield pour attraper une passe » car c’est une chose qu’ils ne pouvaient stopper, Faulk étant un redoutable receveur. Ainsi et contrairement à l’affrontement qui opposa les deux équipes en saison régulière, Belichick et les siens avaient opté cette fois-ci de ne pas blitzer à tout va pour atteindre le Quarterback mais plutôt de se concentrer sur le coureur et de le frapper à chaque fois que l’envie lui prenait de sortir s’aventurer dans le flat. Personne avant cette finale ne donnait cher de la peau de ces Patriots face à ce feu d’artifice offensif, et pourtant c’est bien à Boston où se trouve ce trophée aujourd’hui.

Il faut également souligner que Bill Belichick est également très fort pour trouver la faiblesse technique des ses propres joueurs. Vince Wilfork, qui est le Nose Tackle des Patriots, avait beaucoup de mal avec la technique défensive à deux gaps des Patriots. A l’université de Miami celui évoluait dans un schéma 43 où la seule obligation était de pénétrer dans le backfield adverse afin de perturber l’exécution la bonne exécution du jeu offensif. Lors de son année rookie, il rencontra beaucoup de difficulté à lire les blocks et par conséquent à s’en débarrasser. Belichick lui expliqua alors que l’origine de son problème venait de son alignement, il était tout simplement trop proche du ballon pour avoir de bonnes clefs de lecture. L’entraîneur lui dit une chose simple, il lui demanda de reculer du ballon (parfois à plus d’un yard) pour avoir plus de temps pour discerner les blocks afin de comprendre le sens du jeu. Cela suffit à transformer son niveau de jeu. Wilfork est à présent considéré comme l’un des meilleurs joueurs à son poste. Encore une fois sur ce genre de détails que ce fait la différence, mais tout le monde n’a pas l’œil de Belichick.

Dans la structure des Patriots, il faut savoir que Belichick prend toutes les décisions sportives à l’aide du Directeur Général Scott Pioli. Dans son recrutement, Belichick favorise lors du marché libre, les joueurs expérimentés et peu coûteux même s’ils ne sont pas forcément les plus rapides. Mike Vrabel en est un parfait exemple. L’essentiel est d’avoir une équipe intelligente et apte à respecter un plan de jeu précis. Le rôle de Bill Belichick est si important dans l’organisation des Patriots que le propriétaire Robert Kraft a décidé de faire de lui l’entraîneur le mieux rémunéré de la ligue. On peut perdre des joueurs clefs mais on ne peut pas perdre Belichick. Et comme le dit si bien le Quarteback de l’équipe Tom brady : « Tant qu’on aura Bill, tout se passera bien! ». Il faut croire que cela réussi aux Patriots.

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