Après avoir lu son ouvrage “Quiet Strength» , je me devais de rédiger un article sur cet entraîneur charismatique et emblématique, Tony Dungy. Il aura marqué à jamais l’histoire du football professionnel en devenant le premier entraîneur noir à avoir remporté le Super Bowl mais plus que cela, c’est l’empreinte qui l’aura laissé sur les joueurs qui l’ont côtoyé qui est remarquable. Tous s’accorderont à dire que cet homme aura bousculé les stéréotypes de l’entraîneur aux méthodes d’instruction GI. Son influence est telle sur football professionnel que de nombreuses équipes ont recruté en tant qu’entraîneur principal de nombreux anciens assistants de Dungy : Lovie Smith (Chicago Bears), Mike Tomlin (Pittsburgh Steelers), Jim Caldwell (Indianapolis Colts), Leslie Frazier (Minnesota Vikings) et Rod Marinelli (Detroit Lions, remplacé depuis).La méthode de coaching de Tony Dungy peut se résumer en phrase qu’il mentionne souvent dans ses discours « Do what we do». Le principe n’est pas complexe, il ne faut pas trop demander de choses à ses joueurs, l’essentiel c’est que les choses les plus simples, que les fondamentaux soient assimiler parfaitement. Il a toujours insisté sur le fait que pour gagner il fallait faire les choses les plus basiques mieux que les autres et qu’à partir de là son équipe serait en mesure de remporter un match. Pour ce qui est de la structure de son staff, Dungy n’a jamais été un « hands-on coach », c'est-à-dire un entraîneur qui contrôle tous les opérations dans une forme de dictat, sa méthode consiste plutôt à déléguer un maximum à ses assistants et ses capitaines, tout repose donc sur de la supervision. Il explique d’ailleurs dans son livre que rarement des dossiers sensibles sont arrivés jusqu’à son bureau car la grande majorité des conflits sont gérer entre joueurs à l’aide des capitaines ou sinon avec ses assistants, et tout cela est rendu possible dans un environnement familial. Tony Dungy décrit sa relation avec ses joueurs comme celle d’un enseignant et un élève avec un respect mutuel. Il n’aura d’ailleurs jamais hurlé sur un joueur pour une quelconque raison, privilégiant davantage la petite tape dans le dos ou la pose de la main sur l’épaule de ses hommes pour les encourager même dans les instants difficiles.
Sa méthode de coaching s’illustre également par sa continuité et sa stabilité, même dans les moments les plus sombres, il n’aura jamais changé de philosophie de jeu. Son système a été le même à Indianapolis qu’à Tampa Bay. Il estime qu’il ne faut pas avoir tendance à tout remettre à plat lorsque les choses vont mal mais plutôt d’identifier le problème et de le résoudre avec le travail sans pour autant changer son identité. D’un autre côté, Tony Dungy attachait beaucoup d’importance à l’équilibre entre la famille et le football. Jim Irsay, le président des Colts, n’a jamais été choqué entendre son entraîneur dire aux joueurs que ce sont les proches avant le football. Pour Dungy, il est important d’être bien chez soi pour être bien sur un terrain de football c’est pour cette raison que certaines discussions en privé avec ces joueurs dépassaient bien le cadre du sportif. Il n’était pas rare de voir Dungy accorder une journée entière de repos à son équipe afin de profiter de moments en famille ou entre amis.
D’un point de vue tactique, Dungy aura privilégié à Indianapolis une attaque sans regroupement. Ce choix s’explique de par son parcours footballistique à l’université car contrairement reçues, Dungy était un Quarterback à ses débuts. Ce que vous voyez à la télévision lorsque Peyton Manning appelle les jeux de façon théâtrale sur la ligne de mêlée, et bien sachez que Tony Dungy le faisait déjà en tant que Golden Gopher à l’université du Minnesota, et son entraineur de position n’était autre que Tom Moore qui est devenu par la suite son coordinateur offensif à Indianapolis. Ils ont mit en place une philosophie offensive qui se concentre sur l’influence du Quarterback sur le jeu et son intelligence. Ils utilisent une formation avec un coureur derrière et un système qu’ils intitulent « check with me », ce système en lui-même ils ne l’ont pas inventé mais ils ont su développer des subtilités qui l’ont rendu redoutablement efficace. La plupart des équipes utilisent les regroupements pour envoyer les jeux et pour masquer leurs intentions, ces équipes utilisent alors des basculements ou des déplacements de joueurs afin de rendre le travail de la défense plus hardie. Dans ce genre de cas, la pression repose sur les épaules du coordinateur offensif qui doit anticiper le jeu appelé en défense et essayer de transmettre le bon jeu dans le huddle. En revanche, Tony Dungy adopte un stratégie différente, le coordinateur offensif envoi un « concept » au Quarterback ce qui revient à lui dire de privilégier plutôt une course ou une passe. Il envoi également une série de cinq jeux et c’est ensuite au Quaterback de faire son choix. La pression repose donc ici sur les épaules du Quarterback car il est le décisionnaire sur la ligne de mêlée, il transmet ainsi ses ordres au reste du groupe. Son rôle s’apparente beaucoup à celui d’un chef d’orchestre et la moindre fausse note peut coûter cher à l’équipe. Pour simplifier la tâche du Quaterback, Dungy et Moore ont décidé de ne pas faire usage de basculements ni de mouvements avant le snap du ballon. Quant on voit le rôle donné au Quarterback dans ce type de système, il n’est pas surprenant d’entendre Peyton Manning dire qu’à l’issue de sa carrière sportive, il débutera une nouvelle carrière en tant qu’entraîneur cette fois-ci.
De l’autre côté de ballon, Dungy est réputé pour avoir inventé avec Monte Kiffin le système Tampa 2. Beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’une couverture 2 modifiée avec le Middle Linebacker qui vise le trou laissé vacant entre les deux Safeties, mais il s’agit bien là d’un système à part entière. Au delà de la couverture de zone, c’est toute la stratégie du personnel qui a été repensée. Le but étant de recruter les joueurs les plus rapides possibles et cela peu importe leur gabarit. Cette méthode de recrutement a longtemps favorisé les équipes de Dungy car elles étaient jusqu’alors les seules à drafter des joueurs talentueux et rapides mais considérés comme trop petits ou alors trop légers pour s’épanouir dans une défense 43 classique ou encore une défense 34. Résultat des courses, même lors des choix de draft les plus bas Tony Dungy était en mesure de recruter des joueurs de talents. Maintenant que plus d’un tiers des équipés jouent le même système il devient plus difficile de recruter car tout le monde cherchent des joueurs avec les mêmes profils. Le système défensif en lui-même n’a rien de complexe car tout repose sur la bonne exécution du jeu et peu importe si l’adversaire c’est d’avance à quoi s’attendre, il lui faudra d’abord être meilleur pour faire la différence. L’avantage d’un système simple qui ne varie pas, c’est que les joueurs l’assimilent beaucoup plus rapidement que des systèmes de zone blitz complexes. De façon surprenante, Dungy compare son système de jeu à une chaine de restauration rapide avec l’explication suivante : « C’est comme McDonald’s, si vous aimez les cheeseburgers alors la Tampa 2 est bonne pour vous parce que les cheeseburgers seront les mêmes chaque jour, à chaque saison. Peu importe la ville dans laquelle vous vous trouvez si vous demandez des frites et un cheeseburger, ils auront le même goût. Et c’est ce que nous sommes. »
L’héritage de Tony Dundy sur le football professionnel moderne est conséquent. A l’ère du plafond salarial, il devient plus intéressant en tant que propriétaire de recruter des entraîneurs comme Dungy car la mise en place du système est peu couteuse et rapide, il ne faut pas attendre plusieurs années avant d’obtenir un effectif compétitif. Par ailleurs, à l’heure où la grève patronale perdure, on commence à entendre certains entraîneurs parler de cure amincissante du cahier de jeu pour être prêts pour septembre avec si peu de temps pour préparer la saison. Le problème se pose moins pour les équipes qui jouent du Tampa 2. Si ce système se montre peu couteux c’est aussi parce qu’il favorise un recrutement en interne, c'est-à-dire par la draft et non par le marché libre parce que les salaires sont bien plus élevés. Et pour Dungy, un joueur qui vient d’un autre club sera peut être confronté à des situations équivalentes à celles de choc des cultures. Si un joueur a apprit un geste et l’a répété pendant des années, il sera alors difficile de lui apprendre le contraire surtout si ce geste est devenu un automatisme. Mais c’est que l’on retiendra le plus de la méthode de Dungy, c’est l’importance d’attacher autant d’importance au troisième remplaçant au même titre que le titulaire à son poste, et c’est cette part d’équité qui crée l’unité et la cohésion d’un groupe.
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