samedi 4 juin 2011

LE SORCIER DE LA DEFENSE

Si vous dites zone blitz, la plupart des gens vous répondront les Steelers et leur célèbre « Blitzburgh » mais fort peu vous mentionneront le nom de son créateur, Dick Lebeau. Et pourtant, c’est bien cet entraîneur de 74 ans, guitariste et poète à ses heures perdues, qui a inventé ce concept défensif qui est venu chambouler le monde paisible des Quaterbacks. Alors certes Dick Lebeau ne marcha pas sur la lune mais il fit un pas de géant dans l’évolution du football. Aujourd’hui, même les défenses les plus conservatives ont quelques pages dédiées au zone blitz dans leur cahier de jeu. Il est à l’origine d’une nouvelle ère, celle où les défenses harcellent et malmènent les passeurs.

Pour comprendre les débuts du zone blitz, il faut retourner en arrière, dans les années 80, à l’époque où les attaques du style « West Coast » faisaient la loi en matière de domination dans leu jeu. Les passes rapides avec timing précis donnaient le tournis aux défenses adverses, c’est alors que Lebeau eu l’idée d’inventer une défense agressive, furtive et imprévisible. Il comprit que les zones favorisées par le système mit en place par Bill Walsh étaient le Hook avec des tracés Quick Slant et exécutés par des receveurs grands de taille. La solution fut simple, pour stopper l’hémorragie Lebeau n’eut d’autre idée que de combattre le feu par le feu. L’antidote fut ainsi d’envoyer des joueurs de ligne défensive couvrir ces zones. Et pour ce qui est de stopper le timing de l’attaque West Coast, Lebeau se dit alors qu’il fallait tout simplement dégainer plus vite qu’eux. Lors d’un voyage en avion, Dick Lebeau esquissa à l’aide d’un crayon et d’un bout de papier les prémisses d’une arme fatale.

Le premier zone blitz fut baptisé « Fulcher 2 Stay ». David Fulcher était un Safety de 111 kilos, il avait le gabarit d’un Linebacker mais était assez rapide pour patrouiller dans l’arrière garde. Dick Lebeau eu le génie de demander à ce jouer, qui était débutant à l’époque, de traverser la ligne de mêlée et de courser le Quarterback. Derrière la couverture jouée restait de la 2 avec des demi-défensifs qui « roulent » afin de prendre leurs zone, c'est-à-dire que l’autre Safety prend la zone laissée vacante par Fulcher et l’autre zone profonde étant prit par un Cornerback. Le temps que le Quarterback comprenne tout ce mic-mac, un défenseur vient lui faire mordre la poussière. Lebeau lui-même surnomme sa stratégie le « désordre organisé ».

La particularité du zone blitz réside dans le fait qu’il ne fait pas appel à de la couverture homme à homme pour exercer de la pression car le risque d’exposition au gros jeu est beaucoup plus important car ce genre de blitz peut s’apparenter à la relance maximale d’un joueur de poker. Le coordinateur défensif décide dans ce cas de miser tous ses jetons dans son appel et après c’est du « ça passe ou ça casse ». Le résultat peut être soit une pression, un sack ou inversement un gros grain concédé, ou encore 6 points encaissés au tableau d’affichage. Tony Dungy appelle d’ailleurs ce genre de concept « la fête ou la famine ». L’avantage du zone blitz est donc d’exercer une pression constante sans pourtant abandonner la couverture de zone derrière, c’est donc le bon compromis entre le risque et le gain.

Le concept du zone bliz, aussi appelé fire zone, est le suivant : 5-3-3 ou 5-4-2, c'est-à-dire 5 joueurs qui rushent le Quarterback, 3 joueurs pour pendre les zones intermédiaires et 3 autres pour les zones profondes (il en va de même pour le 5-4-2). Comme le but n’est pas d’envoyer « toute la maison » pour aller chercher le passeur, Lebeau réalisa qu’il fallait alors faire usage de stunts ou de blitz à retardement pour brouiller les pistes. Par conséquent, la formation privilégiée par Lebeau pour ce système est la 34 car les angles de blitz sont bien plus imprévisibles que pour une défense 43 .Lorsque l’on regarde les Steelers de Lebeau à l’œuvre sur son poste de télévision, on a constamment cette impression que les 11 défenseurs vont faire la course pour le sack dès lors que la balle sera engagée. Imaginez-vous alors dans la tête d’un joueur de ligne offensive qui a moins de deux secondes pour comprendre qui bluff ou qui ne bluff pas.

Tous les défenseurs aiment Dick Lebeau et c’est facile de comprendre pourquoi. Certains demi-défensifs n’avaient encore jamais blitzer avant de jouer sous ses ordres. D’autres n’avaient jamais été appelés à prendre une zone. Lebeau a donc exaucé les vœux de certains joueurs de ligne défensive. Il n’est plus rare à présent de voir des Nose Tackle intercepter une balle et remonter le terrain comme le faisait Deion Sanders. Deshea Townsend, ancien joueur des Steelers, expliquait que chaque défenseur des Steelers était impatient de se retrouver en salle de réunion avec leur coordinateur défensif en vue de la préparation du prochain match, car il avait toujours quelque chose sous le coude avec une imagination débordante. Il n’y a pas de routine avec Lebeau car celui-ci innove systématiquement, ce qui fait que ses adversaires ont beaucoup de mal à s’ajuster. Encore plus surprenant, Lebeau aime lire des poèmes à ses joueurs, on est bien loin encore une fois de la caricature de l’entraîneur qui hurle pour transcender ses hommes dans le but de les motiver, et cela n’empêche pas aux Steelers d’avoir la réputation d’être l’équipe la plus physique de la ligue. Si certains défenseurs des Steelers préfèrent prolonger leur carrière dans cette équipe au détriment de la signature d’un gros contrat dans un autre club, c’est en partie à cause de Lebeau.

L’apothéose de la carrière de Lebeau vint lors de son introduction dans le Hall of Fame à Canton dans l’Ohio, là où tout avait commencé lorsqu’il n’était encore qu’un joueur pours les Buckeyes. Son influence est telle sur les défenses modernes et sur la structure des Steelers, qu’Art Rooney, propriétaire du club, décida d’annuler une séance du camp d’entraînement afin que chaque Steeler puisse participer à la consécration d’un entraîneur hors du commun. L’admiration de ses joueurs est telle que lors de son introduction, l’ensemble des joueurs des Steelers avaient décidé de lui rendre hommage en portant tous son ancien maillot des Lions de Detroit, paraphé de son numéro 44, car il faut savoir que Dick Lebeau est toujours détenteur du nombre d’interceptions (62) pour les Lions. Sa carrière n’est peut être pas encore achevé en tant qu’entraîneur, mais il est sûr que son nom lui sera à jamais associé aux génies du football qui auront marqué l’histoire de ce sport.




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